Ensayo histórico. Avellaneda: La sombra del último “caudillo” (I de VI)

Essai historique

Avellaneda : L’ombre du dernier « caudillo » (I)

Damián Antúnez Harboure

Puente Pueyrredón_AvellanedaIl y en a qui ont été spécialement châtie par l’histoire et tant pis si ceux-ci appartiennent à la « Chicago argentine », c’est-à-dire, à Avellaneda ; ce faubourg industriel délimitant la frontière sud entre la capital fédérale et la province de Buenos Aires qui avait adopté ce nom au début du XXe siècle en substitution de l’ancien « Barracas al Sud ». Même cette ancienne dénomination remarque la question géographique. On traverse le Riachuelo sur le pont Pueyrredón, on suit l’Avenue Mitre et c’est une autre scène qui se dresse en mélangeant des odeurs issus aussi bien des détruits de toute sorte entassés aux rives du fleuve que des cheminées des industries chimiques, métallurgiques, textiles ou bien de grands frigorifiques, s’ajoutant à des images des ateliers, de petites usines ou d’un commerce frénétique où tout s’achète et tout est à vendre au milieu des gens qui bougent sans cesse… tout en faisant partie d’une mélodie presque harmonieuse des bruits propres d’une ville qui ne repose jamais.

Ce à quoi tient cette Avellaneda traversant l’Argentine du Centenaire ainsi que celle bouleversée par l’ouragan du peronisme quatre décennies plus tard, c’est à accueillir la figure du « caudillo » urbain, un produit issu de son prédécesseur rural mais plus controversé et en même temps plus complexe… En ce domaine-là, Avellaneda a vu régner pendant trois quarts de siècle sur son terroir et ailleurs deux grands « caudillos » urbains appartenant à des périodes de l’histoire argentine apparemment sans solution de continuité entre elles.  En tout état de cause, il faut le souligner, dans les deux cas l’histoire a été spécialement dure avec eux.

D’abord, le cas de Don Alberto Barceló (1873-1946) a été stigmatisé au point de faire parvenir en lui tout ce que l’histoire a comme détruits et qu’il faut les déposer sur quelqu’un qui soit aussi convenable que croyable pour se charger de la besogne. Le « maître d’Avellaneda », leadership des conservateurs provinciaux mais fortement contesté par le référent du secteur libéral du Parti Conservateur de Buenos Aires, Dr. Rodolfo Moreno, a été largement associé à l’industrie de la fraude électorale, aux financement illégal de l’activité politique par le biais de la prostitution et du jeu clandestin ou, en tant que maire éternel de sa ville, par celui des faveurs personnels par rapport à l’installation des industries, des ateliers, des magasins, etc. Tout cela, sans oublier sa maîtrise de la question de la violence, indissociable des activités précédentes. Alors, jeu, prostitution, faveurs, paternalisme social, violence…, tout est à la portée de la main d’une histoire qui reste tranquille en pensant que ce dont nous disposons, c’est d’une poubelle cumulant ce que ne peut être dispersé ailleurs. Si les vertus du processus démocratique s’ouvrant en 1912 étaient plutôt concentrées dans les endroits plus instruits d’un pays en train de modernisation, c’était normal que le côté inavouable soit mis outre le grand égout de la ville cosmopolite de Buenos Aires.

Cela va sans dire que Don Alberto Barceló se montra imbattable en ce qui concerne les préférences des électeurs même pendant l’essor du radicalisme quand en 1924 remporte les élections locales en Avellaneda et celui-ci est élu maire de sa ville natale jusqu’au coup d’état de 1930.[1] Ainsi, peut-on ajouter que la division du Parti Conservateur en 1923 facilitant le plein domaine radical de la première province du pays est devenue après un accord sous table concernant les hommes de Barceló à l’Assemblée provinciale et le gouvernement radical du gouverneur Cantilo. Mais, il vaut mieux oublier tout cela.[2]

Ensuite, l’étoile politique de Barceló s’achevait définitivement avec la Révolution du 4 juin 1943 alors que la fin de sa propre étincelle vitale est arrivée en 1946, la même année que le peronisme remportait les élections présidentielles. En ce qui concerne Avellaneda, pour le moment, le vide laissait par l’ancien « maître des vies et des biens » ne va être occupé que par les masses populaires elles mêmes. Il n’y aurait point lieu pour des « caudillos » locaux au sein de la « nouvelle Argentine peronista ». La verticalité de cette machine dont la tête était le général Perón structurait sans problèmes le fonctionnement du système.

En définitive, l’Argentine peroniste ne reconnaissait qu’un leader, le général Perón. Outre le Général, il y avait une importante structure bureaucratique mettant en œuvre l’engin de l’État « justicialista » où les masses étaient sa raison d’être. Ainsi, cette vraie enclave industrielle qui était Avellaneda n’aurait plus un leader paternaliste tel que Don Alberto. Par contre, maintenant, le terrain restait vacant pour donner lieu à un nouveau royaume des dirigeants syndicaux dépendants du leader suprême. Mais, la situation changerait à partir de la chute du peronisme en 1955 lorsque le pouvoir de certaines corporations ouvrières, dont les métallurgiques d’Avellaneda, finira pour faire recueillir dans son sein la voix interdite d’un peronisme clandestin. Ce sera le nouveau essor de cette ville industrielle par excellence et, ainsi, le berceau du nouveau « caudillo » d’Avellaneda, Herminio Iglesias, ou simplement Herminio.

à suivre


[1] Il faut rappeler que l’influence politique de Don Alberto Barceló à Avellaneda se remonte à 1909 lorsqu’il est élu maire pour la première fois. Depuis il sera à la tête de la mairie jusqu’à 1917 lorsqu’il perd son poste suite à l’intervention fédérale à la province d’avril 1917.

[2] Pour tout ce qui concerne l’influence d’Alberto Barceló au sein des conservateurs de Buenos Aires voir : Antúnez Harboure, Damián, Entre la fuerza de la razón y la razón de la fuerza. Clientelismo, elecciones y prácticas políticas en la Provincia de Buenos Aires, 1938-1943, Valladolid, G. Santa María, 2011, passim. Une autre œuvre à consulter sur l’Avellaneda de Don Alberto Barceló est la suivante: Folino, Norberto, Barceló y Ruggierito, patrones de Avellaneda, Buenos Aires, Centro Editor de América Latina, 1979.

Référence : La photo du pont Pueyrredón de Avellaneda a été enlevée du site Web http://www.uiavellaneda.com.ar/2008/avellaneda_historia.asp le 2 juillet 2013.

 
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