Ensayo histórico. Avellaneda: La sombra del último “caudillo” (II de VI)

Essai historique

Avellaneda : L’ombre du dernier « caudillo » (II)

Damián Antúnez Harboure

Diario de Cuyo,17/2/2007, Enlace: http://www.diariodecuyo.com.ar/home/new_noticia.php?noticia_id=206426

Diario de Cuyo,17/2/2007.

Herminio d’après Herminio : premiers pas…

Si l’on fait l’exercice de mettre en rapport l’Avellaneda de Don Alberto au zénith de sa carrière politique vers 1942 -lorsqu’il avait été nommé sénateur pour la province de Buenos Aires- et celle d’Herminio en 1983 au sommet de sa trajectoire comme candidat à gouverneur, on découvre une coïncidence attirant notre attention : le métier figurant dans leurs fiches de recensement électoral n’était que celui « d’entrepreneur » pour le cas du conservateur et de « marchand » pour  le dirigent peronista Herminio Iglesias. En d’autres termes, ces noms de métiers n’étaient qu’un euphémisme utilisé pour cacher le vide professionnel de deux hommes consacrés entièrement à l’activité politique. A vrai dire, il s’agit d’un « vide professionnel » qui ne l’est point si on tient compte que les métiers dont on parle sont simplement ceux du moderne « dirigent politique ».

On dirait, un métier de politicien, mais pas comme les autres. Si Don Alberto trouvait difficile d’expliquer quel était vraiment l’objet social de ses entreprises, Herminio n’attirait non plus à préciser auxquels affaires on faisait référence quand il se présentait comme « marchand ». Ainsi, il faudra entamer un travail de « déconstruction » pour extraire des éléments permettant de nous rapprocher des premiers pas de sa carrière politique.

Heminio, issu d’une famille d’immigrés galiciens (de la province espagnole d’Ourense) installée à Avellaneda depuis son arrivée au pays, éprouva ce que c’était la pauvreté pendant les années trente.[1] Sous l’emprise des besoins familiaux, le jeune Herminio à peine compléta ses études primaires en faisant les derniers cours la nuit tandis qu’il travaillait, au début dans des usines de semelles et après dans une autre d’huile. Ça s’est passé pendant deux années puisqu’aux treize ans il s’est incorporé à une grande entreprise : Siam Di-Tella, dont les ateliers se trouvaient dans le quartier de « Villa Castellino », le petit fief d’Herminio.

À vrai dire, c’est à partir de là que la vie d’Herminio prendra le chemin qui l’amènera au monde syndical. On est justement en 1942, l’année où l’opposant conservateur de Don Alberto Barceló, Dr. Rodolfo Moreno, essayait la mise en œuvre d’un gouvernement provincial visant aussi bien le renouvellement démocratique pour s’en sortir du « piège choisi » de la fraude électorale que la question ouvrière par la voie du dialogue avec les organisations syndicales. Mais, ce sera une expérience avortée deux mois avant la Révolution du 4 juin 1943 renversant du pouvoir le président de la République Dr. Ramón S. Castillo. Comme si l’histoire n’autorisait aucune expérience de peronismo « avant la lettre » ainsi le plus facho gouverneur Fresco en 1940 que le plus libéral réformiste Moreno en 1943 échouaient lorsqu’ils tentaient d’arriver à la présidence en proposant quelque chose de nouveau face au cul-de-sac des arrangements politiques de la dénommée « Concordancia ».

Ainsi, la journée historique du 17 octobre 1945 rencontra Herminio comme un jeune homme parmi les milliers de travailleurs de la périphérie de Buenos Aires qui poussait pour que le Colonel Perón revienne au centre de la scène politique après avoir été fait prisonnier par le gouvernement militaire du président Edelmiro Farrel. D’après son témoignage, tout s’est passé comme ça :

A los quince años comenzamos a trabajar en el peronismo ; acá muy cerca, a siete u ocho cuadras está el Riachuelo, que cruzaban los trabajadores de Thamet de Avellaneda, de Lanas de Quilmes, en bote. Iba un bote y venía el otro lleno de gente; así llegó el 17 de Octubre. A nosotros nos levantaron el Puente Alsina, el puente en Barracas y cruzamos a nado y trajimos todos los botes para acá. Ahí comenzó a pasar la gente de Thamet, todos… porque había miles y miles. Fuimos a Plaza de Mayo. Ahí empezó nuestra carrera. Después, ya no se si es conveniente decir qué es lo que hicimos porque después formamos con Rucci (yo era muy unido a él); y comenzamos a formar la resistencia con Vandor, Rucci, Andrés Framini y unos cuantos más. Trabajamos y comenzamos a viajar a España.[2]
 

En fin de compte, ce n’est pas un mauvais résumé. Tout avait commençait ce 17 octobre 1945 avec le succès politique des travailleurs se disant dorénavant peronistas. En fait, en 1950 dans le plein essor de l’Argentine peronista -plus précisément « l’année du Général San Martin »- le jeune Iglesias était élu délégué du personnel chez Siam Di Tella. Le voici donc lancé au volant d’un véhicule le conduisant à un certain statut comme dirigeant syndical chez la puissante Union Ouvrière Métallurgique (UOM) filiale Avellaneda. Alors bien, tel qu’on le disait, cette course s’arrêta au moment où l’auto dénommée « Révolution Libératrice » arrachait toute trace, toute empreinte du « régime tombé », pour s’adapter aux nouvelles circonstances issues de ce qu’on allait être connu comme la « résistance ».

Pour aborder cette période, il faudra prêter attention au témoignage cité quand Herminio souligne des noms de résistantes comme ceux de Vandor, Rucci ou celui de qui, vingt ans plus tard, sera signalé par sa prise de position en faveur de la ligne gauche du Mouvement Peronista, la « Tendance Révolutionnaire du Peronismo ». On est tenté de penser que cette résistance est quelque chose de différente à ce que même à cette époque-là on appelait « la bureaucratie syndicale », mais une chose n’exclut nécessairement pas l’autre et même pendant les premières années de cette résistance. D’ailleurs, les métallurgiques Herminio, Vandor et Rucci n’étaient pas du tout moins résistants que le textile Andrés Framini, frustré gouverneur de Buenos Aires en 1962 et considéré par la plupart des récits historiques du mouvement ouvrier argentin comme l’un des principaux dirigeants syndicaux combatifs de sa génération.

Il est certain que ce qu’on a appelé « l’époque de la résistance » peut la reconnaître comme la somme de deux périodes ; c’est-à-dire, une « première résistance » plus improvisée ou, si vous voulez, plus romantique, qui s’éloigne jusqu’au conflit ouvrier du frigorifique national Lisandro De la Torre en 1959 et la mise en œuvre de la politique répressive qu’en découle par le gouvernement du président Frondizi, connu comme « Plan CONINTES », en 1960/61 et une deuxième qui se perd dans les années soixante pour déboucher dans les actions des nouvelles organisations « guerrilleras » de la fin de la décennie. C’est pourquoi il faut prendre en compte que la résistance dont Herminio parle et à laquelle il appartient est plutôt la première, celle qui a forgé à feu le pouvoir des syndicats comme tranchée derrière laquelle commençait à se rassembler les différents morceaux du Mouvement Peronista, voire les « jeunesses peronistas » avant la lettre.

Alors, la ville industrielle d’Avellaneda sera un de bunkers de cette résistance et le syndicat métallurgique, l’UOM, son mot de passe. En d’autres termes, on arrive aux élections pour élire le gouverner de Buenos Aires en mars 1962 avec une candidature peronista déguisée sous le nom d’Union Populaire proposant la candidature à la première magistrature de la province du syndicaliste résistante Andrés Framini. Une candidature qui remporta l’élection tant que ce succès sera la cause de son annulation et la plateforme choisie pour mettre en oeuvre le coup d’État qui renversa du pouvoir le président Frondizi le 29 mars 1962.

Ce faux-pas, si tant est qu’on puisse en parler, ne fera pas du mal aux « 62 Organisations », voire l’UOM. En fait, le premier quinquennat de la décennie ne sera que « l’avant première » du royauté d’Augusto Vandor, le loup, car une fois renversé du pouvoir le gouvernement du président radical Arturo Illia en 1966 par un nouveau coup d’état, le numéro un des métallurgiques connaîtra son essor de la main du régime de la auto dénommée « Révolution Argentine ». Mais, en ce qui concerne Herminio, sa figure a connu un certain élan pendant les années ‘65/66 lorsque son ami Rosendo García, se profilait comme le numéro un des métallurgiques d’Avellaneda en tant que dirigeant de pleine confiance d’Augusto Vandor, depuis son fief de Siam Di-Tella.

Ainsi, l’essor de Rosendo chez Siam agit comme un élan indiscutable pour la construction depuis sa base politique d’Avellaneda d’un peronismo provincial ancré dans la banlieue sud de Buenos Aires, tout à fait lié à la structure de l’UOM et des 62. Il s’agissait aussi du centre de travail et du domaine syndical d’Herminio et de son group politique. Bien qu’elles soient plus ou moins vraies les histoires qui racontent qu’Herminio faisait de chauffeur de Rosendo ou celles qui font référence à celui-ci comme « un homme se rapportant à Herminio », il n’y a pas de doutes de la proximité entre leurs intérêts politiques.

Quelques suggestions que l’on ait pu exister auprès de la relation politique entre Herminio Iglesias et un dirigeant comme Rosendo García, qui se profilait au début de 1966 comme l’un des plus probables candidats peronistas à gouverneur de Buenos Aires, tout cela a été effacé par le dossier de la mort de Rosendo suite à la fusillade ayant lieu dans la Pizzeria La Real le 13 mai 1966, à quelques jours du renversement du président Illia par le coup militaire qui amènera au pouvoir le général Onganía. En tout état de cause, après une brève mention à ses camarades de Siam Di Tella, Herminio racontait l’épisode de la mort de Rosendo moyennant un « petit changement » scénographique :

En Avellaneda, en Di Tella, primero estuvo Puricheli, después Rosendo García (que lo pusimos nosotros), después llegó Guerrero y unos cuantos más, la organización la formábamos nosotros.
Rosendo murió en un tiroteo en La Plata (sic).
… 
La muerte de Rosendo surgió en un momento de discusión en una confitería. Estábamos hablando y “un loquito” se metió y lo mató.[3] 
   

Herminio réadaptait la mort de Rosendo en s’incluant dans le groupe de la Pizzeria La Real, laquelle dans sa version ne se trouvait pas à Avellaneda sinon à La Plata, ce qui est tout à fait éloigné de la version réelle des faits, tel que Rodolfo Walsh les a reconstruits d’après le dossier judiciaire.[4] Or, il faut signaler que l’un des dirigeants participant de la table de Vandor pendant les affrontements était un homme très proche d’Herminio, son camarade, le syndicaliste métallurgique Norberto Imbelloni. Voici donc le lien qui menait Herminio aux événements de La Real par le biais de son alter ego Beto Imbelloni et que, en même temps, agirait comme une chance d’occuper le siège du défunt ami et camarade.

Pour en revenir à la situation politique, il faut souligner que la mort de Rosendo trouvait Herminio -qui à cette époque sortait de justesse indemne d’un accident de voiture dans l’autoroute Ricchieri- en pleine syntonie avec Auguste Vandor, le factotum du syndicalisme peronista qui avait déjà dévoilé son jeu politique d’un « peronismo sans Perón ». D’ici la fin de la décennie, Herminio verra comment se consolidait sa structure politique à Avellaneda -la courrant « 30 Juin »- à l’ombre du pouvoir de l’UOM et des 62 Organisations, alors que l’assassinat de Vandor en 1969 par un groupe auto dénommé Mouvement National Révolutionnaire -un pseudonyme d’un des groupes armés de l’espace de la « Tendance Révolutionnaire du Peronismo», Descamisados– ne fut pas un obstacle dans sa carrière politique.[5]

 à suivre

[1] Herminio Iglesias naquit à Avellaneda le 20 octobre 1929. Voir : Viau, Susana, “Murió Herminio, el del cajón” (en línea), http://www.pagina12.com.ar/imprimir/diario/elpais/1-80543-2007-02-17.html (Página Web consultada el 30/06/2011).

[2] “Herminio Iglesias. Justicialista y Trabajador” (en línea), en: Fundación Joven 2000, http://www.fj2000.org/upload/docs/Herminio%20Iglesias.pdf (Página web consultada el 26 de julio de 2012), p. 1.

[3] “Herminio Iglesias. Justicialista y Trabajador” (en línea), en: Fundación Joven 2000…, p. 2.

[4] Walsh, Rodolfo, ¿Quién mató a Rosendo?, Zaragoza, 451 Editores, 2010, passim.

[5] La Ciudad, Avellaneda, 01/03/1973, p. 1.

Référence : La photo de Herminio a été enlevée du site Web Diario de Cuyo http://www.diariodecuyo.com.ar/home/new_noticia.php?noticia_id=206426 le 19 août 2013.

Anuncios
Esta entrada fue publicada en Argentina Contemporánea, Inicio, Microhistoria / Historia local y etiquetada , , , , , , , , . Guarda el enlace permanente.

Responder

Por favor, inicia sesión con uno de estos métodos para publicar tu comentario:

Logo de WordPress.com

Estás comentando usando tu cuenta de WordPress.com. Cerrar sesión / Cambiar )

Imagen de Twitter

Estás comentando usando tu cuenta de Twitter. Cerrar sesión / Cambiar )

Foto de Facebook

Estás comentando usando tu cuenta de Facebook. Cerrar sesión / Cambiar )

Google+ photo

Estás comentando usando tu cuenta de Google+. Cerrar sesión / Cambiar )

Conectando a %s